Verrou Kersbeek : victoire des riverains... et du bon sens

Le 19 août, les riverains ont découvert les bacs de plantation installés sur l’avenue Kersbeek pour y créer un verrou et supprimer le trafic de transit. Si l’intention est louable, les impacts n’ont été évalués ni au niveau des reports de charge sur les voiries voisines, ni sur les commerçants.

Comment par ailleurs réaliser une phase test de minimum 6 mois alors que, en même temps, un chantier important et perturbant pour la circulation a été entamé à proximité. qu’il n’y a pas de comptages préalables, qu’il est impossible d’objectiver la situation et le report de charges.

Où sont les avis de la police et des pompiers ? Où est la décision du Collège ? Nous n’avons rien reçu !!!

Grâce à la mobilisation citoyenne et les interventions de l’opposition, le collège a plié et a retiré le dispositif le jeudi 12 septembre.

Interpellation de Marc Loewenstein, conseille communal DéFI, à l’attention du Collège des bourgmestre et échevins

Concerne : Le nouvel aménagement de mobilité au carrefour Kersbeek-Dumonceau-Haveskercke

Pour rappel, depuis plusieurs années, et cela s’était accentué lors des élections, nous savons qu’il y a une volonté de la part d’une partie des riverains du quartier concerné de limiter le trafic de transit dans l’avenue Kersbeek. La solution proposée par les habitants est celle d’un verrou au niveau du carrefour Kerbeek-Dumonceau-Haveskercke. Plusieurs configurations de verrou ont alors été présentées par les habitants à l’initiative.

Lorsque ce sujet a été abordé en question d’actualité par un de mes collègues au conseil communal de juillet dernier, j’étais intervenu pour déplorer le manque de communication et la nécessité d’informer non seulement les habitants du quartier, mais aussi ceux des quartiers voisins qui sont également impactés par cette mesure.

Avant ce conseil communal de juillet, suite à la prise de connaissance de la décision du collège du 16 mai d’organiser une réunion publique le 5 juin à l’Abbaye concernant les futurs aménagements de l’avenue Kersbeek, réunion finalement reportée au 12 juin, j’avais déjà interrogé le collège par écrit, ce même 5 juin 2019, pour demander si la réunion avait bien été fixée. Je demandais aussi qui avait été invité et de quelle manière. Au vu des explications données lors du conseil de juillet, peu de riverains y ont participé, une dizaine tout au plus et, surtout, peu de riverains semblent avoir été informés. L’échevin Mugabo en a d’ailleurs fait son mea culpa en réunion mercredi dernier.

J’ai eu la chance d’obtenir enfin hier une réponse de la part du Collège à ces simples questions. C’est ainsi que j’ai pu découvrir la zone de distribution de l’invitation, mais également l’invitation. Et c’est intéressant de reprendre ce qui est repris dans ce courrier daté du 27 mai et intitulé « Réunion d’informations et appel à projets dans le cadre du Village de la Mobilité 2019 ». Pas un mot donc sur le verrou dans l’objet de l’invitation. Ce n’est qu’en lisant le second paragraphe qu’on peut deviner l’actuel test. Je lis : « Ce moment festif (il s’agit de la journée sans voiture du 22 septembre prochain) sera aussi l’occasion de lancer un aménagement test visant à réduire considérablement le trafic de transit dans l’avenue Kersbeek et de contribuer ainsi à améliorer la qualité de l’air pour tous les habitants. » Si je lis bien, vous prévoyiez alors de lancer un test le 22 septembre. Finalement vous avez pris tout le monde de court en le mettant en place un mois plus tôt, le 19 août…

Même s’il y a bien entendu des habitants contents du dispositif puisqu’ils en sont à l’origine, on peut comprendre aujourd’hui la surprise et la colère de nombreux habitants et commerçants ainsi que la mobilisation actuelle.

Tout comme la réunion d’information du 12 juin, il semble que l’aménagement qui a été installé ce 19 août 2019 l’ait été en catimini, sans large communication. C’est d’autant plus regrettable que bien communiquer sur une telle initiative permet davantage de faire adhérer la population, l’effet contraire est souvent constaté lorsqu’on met la population devant le fait accompli. Et c’est le cas aujourd’hui. Par votre faute, on se retrouve avec un quartier divisé entre les habitants pro et contre le projet.

Les habitants souhaitent être concertés. Les habitants souhaitent être écoutés et entendus. Mise à part quelques habitants qui se sont mobilisés avec des intentions louables et positives, ont passé du temps à préparer ce projet, à le présenter aux candidats et mandataires, cette concertation plus large n’a pas eu lieu, tout comme elle n’a pas été de mise dans un autre dossier important qui sera abordé plus tard au sujet du stationnement dans la zone de Forest National.

Sans doute que si le dossier avait été géré par le Collège de manière professionnelle et respectueuse des habitants, devant qui les mandataires doivent rendre des comptes, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

Par ailleurs, il eut été fort utile pour mesurer au mieux l’impact de cet aménagement, le justifier auprès de ses détracteurs et l’adapter en fonction des résultats, de l’objectiver au travers de comptages avant et après l’installation de l’aménagement. Ces comptages devraient aussi permettre de mesurer l’impact sur les quartiers voisins et les reports de charge notamment sur les voiries comme Denayer, Haveskercke (partie basse et haute), Kersbeek (partie Uccle) ou encore Verrerie, Dumonceau et Neerstalle.

Enfin, il me paraissait également utile de tenir compte du chantier Kersbeek-Bempt-Verrerie – qui perturbera inévitablement la mobilité du quartier – pour la mise en place du verrou.

Ces 2 questions des comptages et de la prise en compte du chantier, je les ai posées par écrit le 14 août, quelques jours avant la mise en place du verrou que j’ai découvert comme les autres habitants le 19.

Dans ma demande d’interpellation, j’avais posé une série de questions. Je vais revenir ici sur certaines d’entre elles.

Le courrier envoyé aux habitants prévoit une période test de 6 mois minimum afin d’objectiver la situation.

- Pour bien l’objectiver, il eut fallu réaliser des comptages préalables dans le quartier directement impacté, mais également sur les voiries qui pourraient l’être suite au placement du verrou. A ma connaissance, je n’ai constaté la présence d’aucun appareil de comptage dans le quartier. A ma question écrite demandant si des comptages sont prévus avant et pendant le test, le collège me répond « OUI, des comptages sont prévus ». Merci pour la précision, mais ça veut dire quoi ? Quand ? Apparemment pas avant. Sur quelles voiries ?
- Par ailleurs, pour bien objectiver la situation, on ne fait pas des comptages alors qu’un chantier démarre en même temps et perturbe déjà la circulation habituelle. Il faut vraiment prendre les gens pour des cons pour faire croire qu’on va évaluer le test de manière objective dans pareille situation.
- Ce qui me semble évident, c’est qu’on pourra conclure dans 6 mois notamment à la diminution du trafic dans l’avenue Kersbeek entre Bempt et Dumonceau, mais comment objectiver la situation sur les autres voiries sans comptage préalable ? Comment peut-on objectiver la situation alors qu’un chantier est actif à proximité ?
- Comment peut-on par ailleurs objectiver la situation alors que les blocs jaunes sont aujourd’hui vides ?

Lors de la réunion d’information concernant le chantier Bempt-Verrerie-Kersbeek de mercredi 4 septembre dernier, des riverains vous ont à juste titre interrogé sur la manière dont vous alliez gérer la fermeture de Kersbeek vers Uccle lorsque le chantier sera actif sur ce tronçon. Vous avez répondu, Monsieur Mugabo, que ce sera dans un peu plus de 6 mois et que, à ce moment-là, le test sera terminé et l’aménagement enlevé ? Confirmez-vous bien cela ? Si oui, voilà encore une raison de constater que ce test n’a pas de sens aujourd’hui…

Pourquoi vous obstinez-vous à maintenir un tel verrou alors que les arguments ne manquent pas pour remettre en cause la pertinence d’un tel test dans les circonstances actuelles (chantier Bempt, blocs jaunes vides, précipitation) ?

Par-dessus tout, comment un parti comme Ecolo qui se veut être un fervent défenseur de la concertation et de la participation citoyenne rechigne à ce point à consulter la population avant de prendre une telle décision ? Comment se fait-il par ailleurs que son partenaire PS ne réagit pas ?

Les décisions auront certes un impact sur la mobilité mais, en tant que responsable politique, vous devez évaluer la situation dans sa globalité et tenir compte de tous les impacts, je pense notamment aux commerçants qui participent à la vie du quartier. Quelles sont les mesures que vous prévoyez pour venir en aide aux commerces que vous mettez en péril ?

Lors du dépôt de ma question écrite le 14 août, j’étais loin de penser que vous étiez capable de prendre une telle décision dans de telles conditions. C’est totalement irresponsable, irrespectueux des habitants et des commerçants et irrespectueux de votre fonction.

Et en parlant de décision, j’ai pour habitude et réputation de lire les procès-verbaux des réunions du collège des bourgmestre et échevins. Cela en a fait rire certains quand j’étais échevin mais, croyez-moi, c’est parfois utile… A ma grande surprise, mise à part l’évocation de l’organisation d’une réunion d’information en date du 16 mai, je n’ai vu aucune décision du Collège validant ce test. Et en l’absence d’une telle décision, cet aménagement n’a, me semble-t-il, aucune légitimité et doit être démonté. Par ailleurs, je n’ai eu connaissance d’aucun avis de la police ou des pompiers pour ce qui concerne cet aménagement qui aura un impact évident pour les services d’urgence. Qu’en est-il ? Ces avis existent-ils ? Pourriez-vous les fournir ?

A défaut d’avis des pompiers et de la police, à défaut de décision formelle du collège, il me semble sage de votre part et surtout respectueux des procédures de notre institution de faire marche arrière et admettre votre précipitation et manque de préparation dans ce dossier.

Je comprends parfaitement le souhait des habitants qui ont porté le projet d’apaiser la circulation, de détourner le trafic de transit, d’améliorer la qualité de l’air et de vie du quartier et de ses habitants. J’ai d’ailleurs déjà eu l’occasion de le leur dire. Je leur ai aussi dit avant les élections, au nom de mon parti, la nécessité de bien préparer un tel projet, d’en évaluer l’impact en termes de reports de charge notamment, d’assurer une bonne communication et concertation et de disposer également des accords des services de police et d’urgence.

Par ailleurs, la commune s’est engagée dans la mise en zone 30 de ses voiries, en maintenant les grands axes à 50km/h. Pourquoi ne pas terminer le travail entamé avant de s’aventurer dans d’autres projets ?

Il n’y a pas de honte à avouer qu’on peut s’être trompé, c’est humain et même honorable dans le chef d’un responsable politique d’admettre son erreur. Il y a même un adage qui vous couvre, messieurs Roberti et Mugabo, mesdames et messieurs les membres du collège : « Errare humanum est, perseverare diabolicum », « L’erreur est humaine, persévérer [dans son erreur] est diabolique ».

Pour conclure, à l’initiative du MR, de DéFI et du cdH, une motion a été introduite. Elle demande de suspendre le dispositif installé le 19 août et de conditionner sa poursuite à différentes mesures liées à l’information, à la consultation, à l’objectivation, aux mesures d’accompagnement et aux avis des services d’urgence. J’espère que nous n’aurons pas à voter cette motion et que, dans sa sagesse, la majorité reviendra, non pas sur sa décision puisqu’il n’y a pas eu de décision du collège, mais fera plutôt à ce stade marche arrière.

Marc Loewenstein

(Source de la photo : Bad Move Forest 1190)